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Qu’est-ce que la « nouvelle » ?

 

 

La nouvelle est un genre bref, aussi l’article en sera-t-il concis.

 

Certes, « la nouvelle ne constitue pas un genre littéraire bien déterminé, impliquant le respect de règles de composition, mais il est communément admis que c’est une sorte de roman en raccourci, et dont les personnages présentent un minimum de crédibilité » (Pascal Pia, préface aux Moralités légendaires de Laforgue).

 

À la brièveté et à la concentration du propos dans la nouvelle s’oppose la « ductilité » dont a parlé Segalen pour qualifier l’expression romanesque. Quand le roman diffuse en longueur, creuse et insiste, joue sur la distance et le nombre, étire et multiplie, la nouvelle fait court et dense.

 

« Peut-être la question décisive est-elle de savoir ce que nous entendons par bref. Qu’une nouvelle soit brève n’implique pas qu’elle soit superficielle. Une nouvelle doit être longue en profondeur, elle doit nous communiquer une expérience significative » (Mlle Flannery O’Connor, L’art de la nouvelle).

 

À l’inverse du roman, la nouvelle sera saillante, unifiée, et ne prodiguera tous ses effets qu’une fois sa rapide lecture achevée. Le temps du roman est interne au roman. Plus suggestive qu’exhaustive, la nouvelle fonctionnera comme un tremplin !

 

« Une nouvelle est réussie quand on ne peut épuiser le sens, qu’il continue de nous échapper » (F. O’Connor, ibid.).

 

Cela expliquerait pourquoi tant de nouvelles flirtent ou se conjuguent avec le fantastique. Lisez des nouvelles de Jorge Luis Borges ou d’Erwan Séry pour vous en persuader…

 

Et concluons, pour rester bref, avec Paul Morand, amateur de voitures de course et de conquêtes féminines, auteur que nous ne prisons guère, mais que nous ne méprisons pas au point de lui interdire le droit à la parole. Écoutons-le donc, une fois n’étant pas coutume :

 

« POURQUOI ai-je tant aimé la nouvelle ? C’est une question à laquelle j’ai réponse après quarante années de pratique […].

Je vis, d’abord, dans la nouvelle, une réaction contre les méandres du roman-fleuve et même du roman tout court, inquiétantes formes de la surproduction moderne. Faire rare, bref et serré me semblait, dès 1920, le goût même, la pudeur du cri retenu étant seule dramatique.

La vitesse à laquelle vont les idées, les doctrines, les engagements, permet à la nouvelle de cerner le contenu du moment, sans s’attarder à justifier des personnages.

[…] La nouvelle, c’est une nuit dans un motel américain ; vous recevez des mains du portier les clés du bungalow et du garage ; ensuite, self-service. Le lecteur est payé argent comptant ; cash and carry ; on lui emballe l’espace et le temps dans un seul paquet.

Un roman, même médiocre, peut contenir de « bonnes pages » ; une nouvelle, non. Elle est ou elle n’est pas. […] On appartient au roman, mais une nouvelle, brève échappée sur la vie, vous appartient, comme vous appartient l’instant, le présent »

(Paul Morand, préface à son recueil de nouvelles Le prisonnier de Cintra).

 

© Hypallage Editions – 2014

 

Catalogue Nouvelle

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